Le Castellet

Brigandage au Castellet

En 2013 Castellum a mis en place un parcours historique à travers les rues du village. Douze plaques racontent des évènements de notre passé, mettent à l’honneur des personnalités ou expliquent la construction d’un bâtiment. Une de ces plaques revient sur un épisode tragique qui s’est déroulé le 12 août 1797. En voici quelques détails.
 

 MeurtresCast

[…]
Le 17 thermidor an V, Jean-Louis Aubert est assassiné sur son aire tandis qu’il foulait son blé. Huit jours plus tard (25 thermidor), un attroupement composé des royalistes les plus  exaltés d’Oraison, de Manosque et lieux circonvoisins, formant une troupe de quarante-deux hommes, se rend en armes dans la petite commune du Castellet, qui passait pour un foyer de républicanisme. Il envahit la maison de Crespin Meynier, honnête cordonnier, âgé de 64 ans, et s’y livre au pillage. L’argent, le cuir, sont volés ; les meubles brisés ou jetés par la fenêtre, la maison est dévastée de fond en comble et le malheureux Meynier est odieusement assassiné. Le juge se transporte sur les lieux, deux jours après, pour constater le délit, alors que, grâce à la température élevée, le cadavre était en putréfaction, et se borne à dire « qu’il n’y a qu’à murer la maison qui lui servirait de tombeau, puisque personne n’osait y pénétrer » […]

Extrait de : Le brigandage dans les Basses-Alpes  particulièrement depuis l’an VI jusqu’à l’an X - Abbé Maurel (1852-1926)

L'abbé Maurel poursuit un peu plus loin avec ces précisions :

« … Disons en terminant que si les coupables des meurtres du Castellet et d’ailleurs ne furent pas saisis, grâce aux lenteurs de la justice, le tribunal civil eut recours contre la commune, et par jugement du 13 fructidor an VI (30 août 1798), condamna les communes du Castellet, d’Oraison, de Villeneuve, à payer 2.000 fr à chacun des deux enfants de Crespin Meynier ; 2.000 fr, plus une pension annuelle et viagère à Elisabeth Béringuier, sa veuve ; à rétablir la maison de Meynier en l’état où elle était auparavant, à restituer l’argent volé ainsi que les marchandises, meubles, objets pillés ou leur équivalent ; et à défaut de restitution dans la quinzaine de la signification du jugement, au payement du prix sur le pied du double de leur valeur à l’époque du pillage, d’après la fixation qui en sera faite par experts convenus, autrement nommés d’office, sauf et réserves à elles leur recours contre les auteurs et complices des délits dont il s’agit… »

Extrait de Le Brigandage dans les Basses-Alpes particulièrement depuis l’an VI jusqu’à l’an X - Abbé Maurel (1852-1926)


Nous savons d'autre part que ces exactions ont été commises par une bande de royalistes d'Oraison, renforcés par des hommes de main venus de Manosque, Forcalquier et Villeneuve. Hormis le meurtre de Crespin Meynier ces enragés ont pillé la demeure d'un dénommé Milany. Puis, revenus cinq jours plus tard à une quinzaine ils ont violé la citoyenne Guigues. Parmi ces exaltés on trouvait les deux fils de l'ancien comte et seigneur d'Oraison, les Fulque.

On trouve par ailleurs d'autres précisions sur cet événement dans La Révolution dans les Basses-Alpes (éditions Annales de Haute-Provence) :

« En l'an V, se déroulent des exactions du même ordre. Une lettre de dénonciation au ministre de la police, nous apprend qu'«un attroupement de 150 hommes armés de fusils à deux coups et de toutes pièces, réuni de différents points du département, s'est porté le 25 thermidor de la présente année, sur la commune du Castelet, dans le canton d'Oraison. On avait résolu de massacrer l'adjoint municipal et de faire main basse sur tous les républicains. L'allarme et le trouble causés par l'invasion de brigands qui se précipitaient des collines, hâtèrent la fuite de tous ceux à qui l'âge et les forces laissaient les moyens de se sauver.

Le citoyen Meynier, cordonnier de profession, accablé d'années et boiteux, prit le parti de s'enfermer dans sa maison ; on pénétra de force dans une maison voisine et on le fusilla d'une fenêtre vis à vis ; il fut d'abord atteint d'un coup de feu à la tête ; les barbares ne furent point satisfaits ; ils ne pouvaient assouvir leur rage qu'en le coupant en morceaux ; pour en venir à bout, ils escaladèrent les murs, et pénétrèrent dans l'intérieur de l'habitation, après en avoir brisé le couvert ; cet infortuné vieillard fut criblé de coups de stilets et haché à coups de sabre. On assure que ces tigres trempèrent dans son sang, trois pains qu'ils coupèrent en petits morceaux. L'on vit sortir le nommé Joseph Comte d'Oraison, fils de François, forgeron, tout dégoutant de sang de sa proye. Il lava tranquillement dans la fontaine du village, ses mains et ses bras ensanglantés. Un jeune homme de quinze ans, nommé Brémond, qui se trouvait seul dans une maison voisine, fut percé de trois coups de poignard. La maison du malheureux Meynier a été totalement dévastée, le couvert est abattu ; les planchers sont démolis ; on a brisé tout ce qu'on n'a pu emporter ; parmi les objets volés, on désigne six paires de souliers, et 1600 livres en numéraire métallique. Le juge de paix Rollandy, qui ne réside qu'à la distance d'un quart du lieue, n'a paru que quelques jours après l'irruption, et lorsque l'infection du cadavre en défendait l'approche, un témoin auriculaire m'a raconté qu'il dit : Puisqu'il n'est pas possible de l'aborder, il n'y a qu'à murer la maison, qui lui servira de tombeau et tout sera fini. Qui scait si ce juge de la faction, n'aura pas décerné des mandats d'arrêt contre les enfants de cette malheureuse victime ?

Voilà, citoyen Ministre, les effets que produisent la rentrée des émigrés, les insinuations des prêtres rebelles, et surtout l'impunité du crime. La commune du Castelet n'offre plus qu'un désert, tous les habitans ont pris la fuite ; les uns ont laissé leurs moissons pendantes en ruînes ; les autres ont laissé leurs grains sur l'aire ; la plupart des maisons sont ouvertes, et on n'ose aborder pour les fermer. Jugez par ces événemens, des dangers que courent les amis de la Patrie dans ces malheureuses contrées ».

Texte paru dans La Révolution dans les Basses-Alpes (éditions Annales de Haute-Provence)



Autres précisions entourant l'arrêté d'amnistie suivant : 

« Le 25 thermidor an V (12 août 1797), un groupe de royalistes d'Oraison, de Manosque et alentours formant une troupe de 42 hommes s'était rendu en armes dans la petite commune du Castellet foyer du républicanisme et avait envahit la maison du cordonnier Crespin Meynier âgé de 64 ans, s'y était livré au pillage et l'avait assassiné. »


Arrêté d'amnistie du 9 fructidor an VIII (27 août 1800), pris par la Commission chargée, en vertu de la proclamation du Général Férino d'appliquer l'amnistie dans le département des Basses-Alpes :

«Considérant qu'il résulte de l'examen des pièces que le pétitionnaire (il s'agit de Mathieu Fulque) est accusé d'avoir fait partie d'un rassemblement armé qui se porta sur la commune du Castellet les 25 et 30 thermidor an V (NDLR : 12  et 17 août 1797) et commit un assassinat sur la personne du citoyen Crespin Meynier. Considérant qu'à l'époque de l'attroupement dont il s'agit les passions et l'esprit de vengeance agissaient avec beaucoup de force dans ce département. Considérant qu'il est de notoriété que cette réunion séditieuse fut formée d'hommes qui avaient été poursuivis sous l'incrimination d'aristocrates et qui pendant la réaction thermidorienne poursuivaient leurs ennemis sous celle de terroristes. Considérant enfin que ce délit ou ces délits se trouvent précisément classés avec l'amnistie dont les dispositions ont été ci-dessus rapportées. Arrêtons que le citoyen Mathieu Fulque est amnistié. »

Signature des membres de la commission :

Gandon, Ailhaud, Jouyne, Texier Olivier (prefet), général Pelletier

De la même façon, dans les mêmes conditions et pour les mêmes raisons, d’autres participants à l’assassinat de Crespin Meynier bénéficieront de ces mesures d’amnistie le 16 fructidor An VIII (3 septembre 1800) : César Bourillon d’Oraison et Jean-Baptiste Tureau de Forcalquier.

D'autres royalistes avaient été pour la plupart condamnés par contumace et avaient pris la fuite. Mais avec, trois ans plus tard, le 15 thermidor an VIII (3 août 1800) la loi d'amnistie du général Verino nommé par le premier Consul pour pacifier les départements du midi et y faire cesser le brigandage, la plupart des 42 hommes qui ont abominablement assassiné notre pauvre cordonnier, dont Mathieu Fulque, ont été amnistiés.


Enfin parmi toutes les exactions de cette période difficile de notre histoire nationale et locale due aux bandes de brigands on a connaissance – toujours grâce à l'abbé Maurel – d'un guet-apens qui s'est produit le 5 messidor An VIII (mardi 24 juin 1800) au carrefour de la Croix, au Castellet. Cela est mentionné dans un chapitre consacré aux bandes venant du Var, du Vaucluse et d'Oraison sans qu'il soit possible d'attribuer les faits à l'une ou à l'autre :

« … l'arrestation de huit négocicants qui revenaient de la foire de Valensole, qui fusent arrétés au quartier de la Croix, commune du Castellet, volés, lardés de coups de poignard le 5 messidor, entre 5 et 6 heures du soir ; celle de Louis Brès, négociant du Castellet et de Sappe d'Allemagne qui furent arrêtés tous deux, dépouillés de leur argent, dans les bois de Brunet, en messidor an VIII. »

Extrait de Le Brigandage dans les Basses-Alpes particulièrement depuis l’an VI jusqu’à l’an X - Abbé Maurel (1852-1926)

 


Nota : Les Archives départementales proposent depuis le début du mois un feuilleton Brigands de  grands chemins dans les Basses Alpes dans lequel cet épisode est évoqué. Sur le site internet du Castellet vous pouvez revoir tout le parcours historique.

http://www.archives04.fr/depot_ad04v3/articles/2755/semaine-2-episode-1_doc.pdf

https://www.le-castellet.fr/histoire/le-parcours-historique