Le Castellet

Le Castellet en 1919

LeCastellet1919

Cette vue du Castellet a été prise en 1919 par Raoul Brémond, instituteur passionné de photographie qui nous a laissé des archives passionnantes.

La photographie a été prise avec une chambre photo de grand format, certainement de 13×18 cm sur plaque de verre. Le négatif original n’a pas été retrouvé mais on peut remarquer la signature R. Brémond dans le coin inférieur droit de l’image. Cette signature apparaît en noir. Cela indique qu’elle a été faite avec une pointe sèche directement sur la gélatine de la plaque de verre, et cela confirme en outre la dimension de la plaque (elle n’aurait pu être réalisée sur un petit négatif).

Concernant l’image elle-même, d’après la perpective on déduit que le point de vue est situé en hauteur, donc à flanc de colline, décentré vers l’Est par rapport à l’axe du vallon de la Fouent : au niveau du fameux « pré de Brusse » bien connu des anciens. Aujourd’hui la haute végétation n’autorise plus de prendre des photos de cet endroit exact.

Si l’on observe le premier plan (donc le flanc de colline) on s’aperçoit effectivement qu’il ne possède pas une végétation très dense, tout comme l’arrière-plan. On note également que le lit du Rancure est extrêmement large et que l’eau coule en serpentant. Bien sûr il n’y a aucune route le long du Rancure, la déviation n’ayant été construite que vers 1975 en empiétant largement sur le lit du torrent. En revanche on voit nettement le sentier légèrement surélevé qui court tout le long du torrent, côté village. Il s’agit d’une réalisation humaine, une sorte de digue de protection des terres cultivées, empierrée et recouverte de terre et de végétation connue sous le nom de « levée ». Elle existe toujours aujourd’hui et on peut l’emprunter pour se promener. Sur cette photo on voit deux chaussées (en terre alors) qui descendent du village vers le Rancure, la première dans le prolongement du vallon de la Fouent (l’actuelle Coussière) qui comporte des murs pour canaliser les écoulement torrentiels de ce vallon lors des grandes pluies et pour protéger ainsi les terres cultivées en contrebas (elles le sont encore aujourd’hui). Quant au deuxième chemin, qui vient du milieu du village, il aboutit lui aussi directement au Rancure, car des champs situés à flanc de colline, ainsi que le pré de Brusse étaient alors cultivés et il fallait bien traverser le torrent pour s’y rendre. Remarquez au passage qu’il n’y avait point de passerelle à cette époque et qu’il fallait traverser à gué. Tout en haut de ce chemin et tout contre lui, on aperçoit une ruine quasiment carrée (il n’en reste que le soubassement) : il s’agit d’un ancien four à chaux qui a donné son nom à la rue du Four-Vieux. Toutes les terres situées entre le village et le Rancure sont manifestement cultivées et entrenues avec soin : il n’est qu’à voir les parfaites délimitations des parcelles.

Le centre du village possède à quelque chose près l’aspect général qu’on lui connaît toujours aujourd’hui mais des façades ont pu être ravalées et quelques excroissances construites. Le clocher de l’église avait un toit à couverture en tôle. Au carrefour de la Croix on distingue nettement le bâtiment du four à pain, le garage communal avec un énorme pailler (un tas de paille pour nourrir les bestiaux). C’est qu’il y avait ici une des nombreuses aires de battage du village. On distingue un second pailler à peu près face à l’actuel Jardin de Clément. C’était là aussi une aire de battage.

Face au four à pain, le gros bâtiment cubique était une grange (aujourd’hui détruite) devant laquelle se trouvait une croix de bois (qu’on ne voit donc pas puisqu’elle est sur l’autre façade de cette remise) d’environ 3,70 mètres de haut qui a donné son nom à ce carrefour.

En remontant le vallon de la Fouent on voit nettement qu’il était tout le long bordé de chaque côté par de gros murs de canalisation… toujours afin de protéger le village des énormes crues qui pouvaient se produire. Très peu d’habitations le long de ce lieu d’écoulement des eaux (une coussièro en provençal) et plus rien après le quartier des Bernards dont on aperçoit plusieur maisons totalement en ruines. Si l’on revient à la gauche de l’image on distingue bien le quartier des Bachelas. Et on se rend bien compte qu’à cette époque tous ces lieux physiquement détachés du centre du village étaient considérés comme des quartiers, appellation qui leur est restée aujourd’hui encore malgré la densification des habitations.

Passons maintenant à l’arrière-plan. On peut distinguer l’aire de battage qui est aujourd’hui bien mise en valeur et qui surmonte le parking des Bernards. Elle était à cette époque assez à l’écart. Au-delà, où se trouve aujourd’hui une belle enfilade de constructions, il n’y avait même pas une petite remise. Seulement des terres manifestement cultivées pour ne rien gaspiller de ce que la terre pouvait produire. Enfin les flancs de colline étaient d’une part plantés de très nombreuses olivettes, chaque famille produisant de l’huile, ce qu’on distingue bien à la régularité de l’espacement entre les arbres et à leur alignement. Et d’autre part il n’y avait pas de pins ni de chênes sur les côtés du vallon car c’étaient là des paturages naturels pour les nombreux troupeaux d’ovins et parfois de caprins que possédaient les habitants. Bien sûr on ne dénote la présence d’aucun poteau électrique et d’aucune voiture. Le Castellet était un village rural pauvre, vivant en grande partie en économie fermée.

Si vos yeux exercés vos permettent de tirer d’autres commentaires à partir de cette image vieille d’un peu plus d’un siècle, nous serons évidemment très heureux de faire un additif à cet article pour en faire profiter tout le monde.